Détournement de fonds publics modernes

Je pensais que tout le monde avait compris comment les requins de la finance exploitaient les citoyens. Avec un discours éculé « Ne payez pas l'impôt, il ne sert qu'à financer des services publics libres pour tous. Donner plutôt votre argent aux riches, ils vous le rendront au centuple. ». Ne rigolez pas, ça fonctionne toujours. Il suffit de voir le succès des « services » dits « participatifs » qui font le bénéfice de compagnies outre-atlantiques.



Comment ? Vous ne voyez pas le lien entre la destruction des services publics et l'engraissement des multinationales ? Alors, laissez-vous guider. Vous pourrez l'expliquer aux plus jeunes.

Cette introduction est un peu courte. Cela manque d'ambiance. OK, Imaginez !

Vous êtes dans un vieux bistro désert pas loin de la maison de la radio. Désert ? non ! Un type entre deux âges discute avec un comparse.

« … c'est parce que je parle couramment russe et une promesse de bakchich à ce gradé ukrainien que j'ai pu obtenir ce succès. » Je vous avais promis de l'ambiance. Là, c'est du lourd.

« .. ces fonctionnaires, des incapables ! » du très lourd.

« [moi les voyages, toi les recherches documentaires] … j'archive toutes les notes que tu m’envoies, elles ont l'air sourcé… » très très lourd.

« … mon beau frère a payé moins cher son billet d'avion que le taxi pour aller à l'aéroport. Uber, c'est la solution ! ». Et là, le tenancier de lancer devant leur départ : « toujours passionnant vos cours d'économie ! »

C'est dans ces moments que je me dis. Finalement, ça vaut le coup d'écrire de temps en temps un billet. Parlons-en d'Uber. Sans tomber dans la facilité du cliché de la brève de comptoir, prenons un exemple simple.

Imaginons la première fortune d'un petit pays. Propulsons-le dans un désert médical et donnons-lui une grave maladie (cancer par exemple). Une parabole oui ? Mais facile à comprendre.

Il ne peut évidemment pas se faire soigner. Sa fortune ne pouvant payer la construction d'un hôpital particulier, les années d'études de l'architecte de cet l'hôpital, les enseignants de l'architecte, les ingénieurs en construction, leurs années d'études et leurs enseignants. Mais aussi les machines de construction, leur fabrication, les ingénieurs qui les ont conçues, et les enseignants qui les ont formés, … les médecins de l'hôpital, leurs formations, …

Bref, les riches, même s'ils cotisent pour leur santé, savent qu'ils ont besoin des cotisations des pauvres. Car si la cotisation du pauvre est mille fois moins importante à l'unité, elle est un million de fois plus nombreuse. Chacun doit cotiser suivant ses moyens.

OK. Tu nous expliques ce qu'est l'impôt. On connaît déjà tout cela.

Effectivement, c'est la première étape de la démonstration (il y en a 3).

L'impôt est indispensable à notre vie. Sans impôt pas de route donc pas de constructeur automobile. Imagine toutes les routes à péages. Je veux vraiment dire toutes. Jusqu'au dernier mètre devant ta maison. S'il fallait payer les 50m de goudron devant chez toi, plus personne ne l'utiliserait à part toi. Nous ferions tous le détour. Tu te trouverais seul à payer pour ta route. De même, vous ne seriez qu'une poignée de voisins à payer pour les routes de ton quartier. Idem pour ton village, Etc.

C'est l'investissement de l'état, au début de chaque année, dans les infrastructures qui permet aux artisans et commerçants de travailler et de créer des richesses. Il est normal qu'à la fin de l'année ceux-ci payent l'impôt pour que l'état détruise la masse monétaire créée au moment de l'investissement.

Cela fonctionne car l'impôt prélevé au niveau global est redistribué localement.

Maintenant, la deuxième étape. Considérons que ce riche (celui du début) une fois soigné, se dise : « Il y a un coup d'enfer. Je ne paye pas ma part (mes cotisations). Je réquisitionne le service oncologique et je fais payer ceux qui veulent l'utiliser ».

OK. C'est du vol.

L'accaparement du bien commun est devenu une nouvelle ressource des capitalistes qui s'engraissent sans risque sur le dos de la collectivité.

L'état crée la masse monétaire. Il investit dans des routes, … ce qui permet la création de voitures, …

Là une multinationale arrive et dit : « j'accapare l’infrastructure routière (routes, voitures, chauffeurs, voyageurs, énergie, pollution) et je fais mon beurre. »

La nouveauté d'une application (telle Uber) n'est pas dans l'usage de l'Internet. Cette application c'est quelques milliers d'euros, soit 1 centime pour le premier million d'utilisateurs. Ensuite c'est « gratuit ». L'arnaque vient du dévoiement du terme travail « participatif ». Si c'est si participatif que cela, que les multinationales participent en renonçant aux bénéfices.

Oui mais tu sais bien que le participatif est à sens unique. Le risque et les pertes sont socialisés alors que les bénéfices et les garanties sont privatisés.

Et encore, s'il s'agissait d'une entreprise française qui paye l'état en retour, ou mieux d'un service public en libre accès, voire d'une association à but non lucratif, pourquoi pas ?

Allez, au pire (dans cette mondialisation), un « industriel » hors de France qui payerait ses impôts à la planète « monde » et que la planète « monde » reverse à la France l'usage de l'infrastructure (entretien des routes, formation des chauffeurs (lire, écrire, compter), dépollution, création d'emploi pour garantir le pouvoir d'achat des voyageurs, …).

Mais, ici rien de tout cela. Les Etats-Unis se considèrent comme le seul pays pouvant collecter l'impôt. Les fonds publics volés par ces multinationales aux autres pays restent aux Etat-Unis. Et ce n'est pas des simulacres de procès qui masqueront cette vérité.

Ce modèle se retrouve progressivement dans tous les secteurs qui peuvent exploiter les services publics et les biens communs : transport, hôtellerie, … et ce n'est qu'un début.

Pour en revenir à son beau-frère, évidemment que le transport individuel (type taxi) coûte plus cher que le transport collectif de centaines de passagers. Ce n'est pas le taxi qu'il aurait du prendre, c'est le RER. De même que si il n'a pas pris le train ou le bateau plus rentable énergétiquement, c'est que son vol devait être à « bas-coût ». Il a donc été complice du détournement de nos cotisations et nos impôts.

Même si ce transport individuel « participatif » ne détournait pas nos fonds publics, il serait à proscrire pour son impact carbone au regard du transport collectif. Oui même les autolib' (principalement nucléaires) polluent. Le nucléaire utilise massivement des énergies carbonées pour :




Dernière étape. Il y a une morale inattendue. Dans quelques années que se passera-t-il ?

Les petits boulots d’appoint (hors cotisations sociales) vont supprimer une forme d'investissement indirect : le chômeur. Oui curieusement. C'est une subvention indirecte prisée par les commerçants, artisans, …

Avec une telle réduction d'emploi et de subvention qui pourra encore être possesseur d'un véhicule, d'un logement, bref d'un truc exploitable par ces compagnies étasuniennes ?

Seuls les propriétaires pourront avoir ce genre d'activité « accessoire ». L’accessoire deviendra la norme et sans cotisation sociale, disparition des subventions indirectes. Disparition des consommateurs. Donc disparition des commerçants (taxi, hôtel, restaurant, …). La boucle est bouclée.



François